Le premier bateau sur le quai, celui de la majorité sortants PS-PC, en impose par son haut bord métallique de supertanker, ou plutôt de porte-avion. Certains vont monter à bords sans jeter un coup d'oeil aux autres navires moins visibles dans les médias. Son apparence de solidité rassure et puis on est habitué depuis si longtemps à cette ligne...D'autres, qui sept ans plus tôt avaient pris sans discuter leur billet dans cette compagnie, hésite maintenant devant ce vaisseau fantôme. Car ils entendent bien les grincements de métal rouillé de la coque- restes des tempêtes que la ville a essuyées ces dernières années ( difficultés économiques et sociales dont on espère sortir un jour). Surtout les hommes d'équipage sont invisibles; seul le capitaine Le Goff montre son costume et son sourire impeccables depuis sa cabine. Depuis sept ans, aucun bruit de désaccord n'est parvenu à l'extérieur, la displine de parti a été bien respectée. Et c'est finalement inquiétant, ces militants fantômes. Car le débat vif ou posé aurait sans doute évité des erreurs coûteuses sur le plan humain et financier: société de Langolvas, rénovation solitaire du théâtre, fermeture du centre d'accueil Rapsodi...J'en oublie sans doute car je ne suis à Morlaix que depuis 2 ans.

Pour l'avenir, on change une partie de l'équipage. Mais pas le capitaine, ni la méthode. Pas question par exemple de descendre du pont et de discuter des programmes. Non, une brochure de deux pages et des réunions où les questions et les réponses sont connues d'avance,devront suffire à éclairer notre lanterne. Et le cap sera maintenu contre tous les vents et toutes les vagues, en ligne droite, moteurs pleins gaz : aménagement de la zone commerciale de Langolvas, parking souterrain, rocade à 20 millions d'euros les 5 kilomètres...Ce projet assez cohérent est un bon exemple de l'urbanisme des années 60 ( quand le pétrole coulait à flots). Il y a cependant deux écueils sur son chemin: soit il ne réussit pas, victime d'une panne sèche ( surendettement de la ville suite à ces aménagements si coûteux, trop faible fréquentation du futur Langolvas en concurrence avec St Martin et Brest, affaiblissement définitif du centre-ville) , soit il réussit en laissant une ville enlaidie, toujours plus embouteillée, toujours plus bitumée et sans vrai centre-ville.

Le deuxième navire, celui de l'UMP, s'appelle "Relançons Morlaix".

Il pourrait tout aussi bien s'appeler Titanic car il a tout du bateau ivre cher à Arthur Rimbaud.Son capitaine historique, Gilles Caroff, a jeté l'éponge après sa défaite aux législatives. Son second, Michel Salou, a repris le gouvernail mais a renoncé devant la mutinerie d'une partie de ses matelots.La troisième, Agnès Le Brun, a accepté son tour de quart mais abandonnera la barre une fois arrivée à bon port.

La boussole est affolée aussi du côté du programme: sont-ils pour ou contre la zone commerciale de Langolvas? pour ou contre le parking souterrain? pour ou contre la réforme de la carte judiciaire? Pour en savoir plus, il faut pécher soi-même l'information dans la page opposition du bulletin municipal: en janvier, Relançons Morlaix avait laissé une page blanche à l'imagination des lecteurs ( c'est sans doute de la démocratie participative); en fèvrier,l'article est une chronique des Morlaisiens célèbres à travers l'histoire... Personne ne peut se réjouir des difficultés de la droite morlaisienne: une municipalité sans opposition sera une ville mal gérée. En tout cas en mars prochain, toute voix se portant sur l'UMP sera une voix perdue; toute voix pour l'UMP confortera la municipalité actuelle.

Enfin apparait à l'horizon, toutes voiles dehors, la fine goélette IDEES.

En 2001, elle avait largué les amarres, préférant garder sa liberté d'action en l'absence d'accord sur le fond avec la liste PS-PC. Pour prix de sa témérité: pas de fusion au deuxième tour et un seul rescapé, Michel Le Saint. Celui-ci a donc mené pendant sept au conseil municipal une opposition constructive: sur chacun des projets discutés, il a travaillé ses dossiers et exposé limpidement ses positions dans le bulletin municipal. Dans le cadre de la Communauté de Morlaix, il a pu nouer sans sectarisme des rapports de travail avec les élus des autres communes. Depuis plusieurs mois, il a rassemblé un équipage venus d'horizons divers: sensibilités de toute la gauche et citoyens sans étiquette; vieux loups de mer et jeunes mousses affrontant la haute mer pour la première fois; personnes apportant en bagage des compétences pointues tirées de leur expérience professionnelle ou de leurs responsabilités associatives ou d'autres qui n'apportent que des compétences humaines générales et qui ne sont pas les moins utiles...Et tous avec un petit air pirate, fait de franchise, de passion et de volonté de passer à l'action. Le cap est mis vers le grand large, vers le développement durable, avec des projets décoiffants qui vont changer le visage de Morlaix: passerelle-ascenseur sur le viaduc; navette reliant le centre-ville à des parkings rénovés en périphérie; espace piétonnier; transports publics gratuits; écohabitat pour rénover les immeubles et maisons existantes, pour créer une nouvel écoquartier et assurer le développement de nouveaux emplois non-délocalisables...Ces projets ne sont pas à accepter les yeux fermés. Ils sont tous dores et déjà réalisables et finançables; ils seront discutés publiquement avec les citoyens et les professionnels; ils seront faits en coopération avec la Communauté de Morlaix. La passerelle-ascenseur est un bon exemple. L'idée avait été lancée en 2001 par Michel Le Saint, sous réserve qu'elle soit d'abord mise à l'étude sérieusement. Or en 2007, deux cabinets d'étude indépendants l'ont déclarée faisable techniquement , dans un court délai, pour un coût raisonnable. Et si on passait à l'action? En mars, chaque voix se portant sur IDEES sera un encouragement pour ces projets d'avenir; chaque voix se portant sur IDEES permettra de renforcer la critique argumentée sur les projets hasardeux qui sont dans les cartons de la mairie.

Et bon vent!