A l'ouest, du nouveau.
Par Alexis le samedi 9 février 2008, 12:47 - Politique et démocratie participative (débats) - Lien permanent
Comment la gauche se réinvente en Bretagne.
Un récent classement des municipalités sous l'angle financier, par le mensuel économique Capital, est très instructif. Il montre qu'en moyenne les villes de l'ouest de la France sont mieux gérées que celles des autres points cardinaux: endettement maîtrisé, impôts moins lourds, investissements nécessaires réalisés dans les temps. Cela rejoint d'autres palmarès sur la qualité de vie, publiés par d'autres journaux, où notre région tire son épingle du jeu. Influence du climat océanique? Rôle mystérieux du sous-sol granitique armoricain? Non, bien sûr, mais il ne s'agit pas d'un pur hasard.
On s'aperçoit tout d'abord que c'est dans l'ouest que le PS a le mieux résisté à la vague Sarkosy: il y domine largement , dans les grandes villes, dans les départements et au conseil régional. Si la Bretagne avait voté seule pour toute la France, Ségolène Royal serait devenue la première présidente de l'Histoire de la République. Et certes, ce parti historique, celui de Jaurès et de Blum, est bien organisé, il compte nombre de militants de terrain et d'élus compétents capables de gérer au mieux une collectivité locale. Lors des élections à scrutin majoritaire, il devient le porte-parole de toute la gauche et nous sommes nombreux à être alors des " socialistes du second tour". Alors , toute la gloire de cette bonne gestion serait à mettre au crédit du seul parti socialiste? Je ne le crois pas , car il existe aussi en France des municipalités socialistes mal gérées, dans le cas de clientélisme ou de folie des grandeurs d'un élu.
La Bretagne est aussi une région où le Front national est peu implanté et où il n'a pas affaibli la droite républicaine. Partout dans la région , droite et gauche font à peu près jeu égal. Il n'y a guère que dans le Léon et l'est du Morbihan, qui hissent encore et toujours le drapeau blanc, et dans le centre-Bretagne, rouge vif, qu'un camp écrase l'autre à chaque élection. Dans cette situation, les élus doivent se surpasser pour n'être pas battus aux élections à venir. Mais là encore, l'explication me semble insuffisante.Il peut y avoir des gestions raisonnables, mais trop prudentes, et là la place sur le palmarès n'est pas acquise.
Il y a en Bretagne un autre ingrédient, moins visible, comme le sel qui donne tout son goût au beurre.C'est la présence, beaucoup plus forte que partout ailleurs en France, d'une autre gauche: une gauche critique, écologiste, régionaliste, altereuropéenne et altermondialiste.Cette gauche est en phase avec le courant d'idées international du Développement durable ( expression trop récupérée mais commode), seule alternative dans le monde au néolibéralisme.
Le neolibéralisme est critiquable pour des raisons précises: il veut tout donner au privé, même des domaines où il serait en situation de monopole. Le développement durable cherche à apprivoiser l'économie de marché, pour qu'elle respecte les équilibres écologiques et qu'elle réponde prioritairement et pour tous aux besoins essentiels ( alimentation, logement, santé, éducation, transports...), et tout cela à long terme.
La gauche critique sert de poil à gratter à la gauche historique, l'encourage à se renouveler ailleurs que dans le néolibéralisme, qui a la faveur des médias dominants.Et quand ces deux gauches parviennent à s'unir, sur des bases claires, équilibrées, sans la domination écrasante d'un seul parti, alors elles font du bon travail au service de la population. Allez dans les TER gérées par le conseil régional et la SNCF; promenez-vous à Lorient ou à Rennes: autant d'exemples visibles de gestion rigoureuse, audacieuse et sans sectarisme.
Et Morlaix dans tout ça? La situation y est unique, sans exemple dans toute la région.Elle n' a certes pas été citée dans l'étude de Capital: agglomération morcelée entre plusieurs communes qui s'ignorent, elle reste invisible pour les grands médias. Mais il n'est pas sûr qu'elle aurait figuré en bonne place. La situation politique locale est différente du reste de la région. La droite républicaine y est très affaiblie et elle a très peu de chances de gêner la municipalité actuelle en mars. Quant au PS, il domine seul et sans partage, en accordant juste un strapontin au PC, et sans avoir à se remettre en cause.
La municipalité sortante a un bilan en partie positif dans les domaines sociaux et culturels. Mais dans la situation de convalescence économique où elle est, la tentation d'une gestion néolibérale est réelle. Vendre à un promoteur une réserve foncière; privatiser les parkings; maintenir l'eau sous monopole privé; ailleurs dans la Communauté, confier les déchets à une multinationale. Autant d'occasion de faire rentrer de l'argent immédiatement dans les caisses publiques. A long terme, devinez qui paiera?
Les nouveaux venus sur la liste Le Goff vont apporter un air frais. Mais parfois sélectionnés sans avis des militants après des "rencontres citoyennes" non ouvertes au public, ces nouveaux trouveront-ils l'assise politique pour avoir leur jugement propre sur des projets présentés par un chef d'équipe à la forte personnalité?
Un motif d'espoir: l'ascension de la liste IDEES, qui devrait augmenter son score ( 16 % en 2001). C'est un exemple de cette gauche critique dont je parlais plus haut. Elle peut créer la surprise, établir de nouveaux rapports de force, aider la gauche morlaisienne à se réinventer, au service de tous.
Commentaires
En tant que morlaisien,j'aurai voulu apporter ma réflexion dans cet "Agora" virtuel. Le site n'est pas lisible . Les infos? la plateforme programe? J'ai l'impression qu'une seule personne , en l'occurence (Michel Le Saint), anime le chantier . C'est dommage. Cordialement . Didier Allain