Transports en commun : quels financements pour quels objectifs ?
Par philippe le mercredi 13 février 2008, 19:12 - Social, transports, vie de quartier (débats) - Lien permanent
La question du financement des services au public (et des services publics) est déterminante. Il est intéressant de confronter cette problématique à la question de la gratuité des transports en commun. Et il n’est pas juste à mon avis de réduire cette question à l'opposition entre un financement par les contribuables ou par les usagers.
En effet, cette opposition révèle une conception assez réductrice du principe de solidarité dans la mesure ou un service de transports en commun accessible à tous et toutes est primordial pour la vie de la cité. Il s'agit d’abord de rendre un service au public en facilitant l’accès à l'emploi et à la mobilité pour toutes les catégories d'âges et de conditions sociales des habitant(e)s. Il s’agit de lutter contre l’exclusion des personnes aux revenus tout juste supérieurs aux minimas sociaux exigés pour bénéficier des tarifs réduits.
Ensuite il me semble que poser la question de la gratuité, c’est aussi favoriser une réponse rapide aux pollutions environnementales qui résultent de l'emploi excessif des voitures individuelles plutôt que des transports en commun. Je suis par ailleurs convaincu que l’utilisation facile des transports en commun par les jeunes générations les rendra encore plus sensibles aux arguments environnementaux.
Toutes les expériences de gratuité mises en place (Compiègne, Châteauroux, Issoudun, Vitré...) montrent qu’elle permet aussi de faire des économies (de gestion des tickets, de contrôles) et conduit à une plus grande convivialité. À chaque fois, il est constaté que cela s’est accompagné d’un accroissement massif du nombre d’usagers, un gain de temps pour ceux-ci, une diminution du tout voiture et des pollutions qui l’accompagnent.
Le financement des services publics doit répondre à une vision globale des intérêts à la fois de la collectivité et des citoyen(ne)s ! Il n’est pas fatal de les opposer. Cela suppose que la collectivité reprenne en gestion directe la maîtrise des transports et que la contribution des entreprises (le versement transport) soit acquittée par toutes les entreprises privées ou publiques d’au moins neuf salariés.
Par ailleurs, il faudra bien que la collectivité fasse des choix budgétaires en fonction de priorités déterminant des choix de vie. La rue doit être rendue aux personnes âgées, aux enfants, aux piétons et aux vélos : il faut en finir avec le tout voiture. Dans la ville, il doit être envisageable d’organiser un réseau même restreint de pistes cyclables et une mise à disposition gratuite de vélos. Cette orientation remet en cause un certain modèle de croissance mais aussi de consommation. Ces convictions ne sont pas et ne peuvent pas être spontanément partagées par nos concitoyen(ne) si nos réponses en matière de transports urbains ne représentent pas immédiatement « un plus » pour eux. Plus de mobilité pour aller au boulot ou en chercher, plus de mobilité pour les loisirs ou faire ses courses en ville sans la galère du stationnement et avec la certitude de faire une économie réelle.
Après tout, la collectivité justifie des investissements, des participations financières ou des subventions à des projets, des travaux qui ne concernent pas toujours une majorité de la population (port de plaisance, Langolvas, Théâtre...) et nous ne pourrions pas justifier la gratuité des transports ? Au nom de quelle équité, de quelle solidarité ?
François Rippe
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