En lisant entre les lignes du programme socialiste.
Par Alexis le dimanche 17 février 2008, 12:52 - Politique et démocratie participative (débats) - Lien permanent
Une étude critique du programme du PS , distribué hier sur le marché.
Quelques questions sur des points mal éclaircis ou qui font débat dans la brochure de 12 pages qui forme le programme d'Agir pour Morlaix.
- Parle-t-on de la même ville ?
D'après la brochure, Morlaix connait "un essor économique et commercial". Pourtant la vie quotidienne comme les études officielles montrent que notre ville n'est pas sortie du cercle vicieux: précarité, crise commerciale ( 4 commerces sur 10 en difficulté), baisse de la population ( à un rythme ralenti), impôts plus élevés que dans le reste de l'agglomération...Et le centre-ville concentre les difficultés: immeubles vacants ( 10 % de logements vides) et vétustes, départ de la population vers les lotissements périphériques,rues aux commerces fermés... En l'absence d'une politique en prise avec la réalité, le discours volontariste et la méthode Coué n'auront pas d'effets, on l'a vu au niveau national.
- La zone de Langolvas, une solution ou une aggravation des problèmes ?
En l'absence d'études précises, il est difficile d'imaginer que les 400 emplois promis sur cette nouvelle zone n'en détruiront pas ailleurs, dans le centre . Et aussi à St Martin, dans la mesure où l'agglomération est déjà saturée en grandes surfaces.Et quels seront les équipements de loisirs promis? Un multiplex par exemple, qui compromettrait l'avenir du Rialto et de la Salamandre?
- Une nouvelle route, 5 parking et en même temps la priorité aux piétons?
La brochure laisse entendre que les problèmes du centre sont uniquement dûs au manque de stationnement. En fait, il semble que la concentration automobile dans un si petit espace fait aussi fuir les habitants et les clients. Pour aller aux nouveaux parking,les voitures devront bien prendre les rues du centre.
De plus, la nouvelle rocade ( à 20 millions d'euros, comme si il n'y avait pas d'autres priorités) et les nouveaux parking rue de Callac et place Allende vont faire de la rue de Callac, de la place Traoulen et de la rue de Paris une artère routière majeure. Comme la place y est limitée, le bruit et la pollution seront à notre porte.
Enfin, dans les vallées encore préservées du sud-est de Morlaix, le passage de la rocade va encore renforcer l'étalement de l' agglomération au détriment de la ville-centre.
- une demie-passerelle et un demi centre-ville ?
La brochure propose de créer " une liaison par ascenseur entre le centre-ville et la gare".
Faut-il comprendre qu'il n'y aura pas de passerelle reliant les deux versants de la vallée ? Dans ce cas, on manquerait deux effets positifs de la passerelle proposée depuis 2001 par IDEES: relier le quartier de la Madeleine au centre-ville et à la gare, encourager les touristes à se ballader dans les venelles qui descendent vers Ange de Guernisac.
Il semble que l'on peut s'acheminer alors vers un demi centre ville: il commencerait sur la place Allende ( l'"artère de Paris " en serait exclue) et irait jusqu'au port ( desservi par l'ascenseur gare-centre). En allant plus loin dans l'urbanisme-fiction , seraient privilégiés un seul type d'immeubles ( le " standing") et un type de commerces ( le "luxe" plutôt que le commerce plus banal).
- un service public de l'eau, un peu, beaucoup, passionnément , à la folie ou pas du tout ?
La brochure parle d'"engager des reflexions sur la gestion de l'eau et de l'assainissement en vue d'une gestion publique". C'est clair comme de l'eau de source.
- Auraient-ils des regrets ?
Une maison des associations, des passages piétons sécurisés, de l'écohabitat , de la coopération avec la Communauté de communes ( à commencer par Langolvas ?), ces choses ont déjà été évoquées par l'opposition il y a plusieurs années. En 7 ans, n'avait-on pas le temps d'avancer sur ces problèmes?
- " Morlaix, 3ème pôle du Finistère", qu'est-ce que cela veut dire au juste ?
Le problème n'est pas le rang de la ville, mais la qualité de la vie et l'emploi à long terme qu'on peut y trouver. De ce point de vue, ne serait-il pas réaliste de prendre acte de la montée en puissance de la métropole de Brest ( avec son université, son tramway, son futur espace piétonnier autour de la rue de Siam, sa zone commerciale d'ampleur régionale qui aura Ikéa et le Mégadécathlon, Océanopolis...) et de jouer la complémentarité : assumer d'être une ville moyenne et historique où il fait bon vivre et où on peut avoir des ambitions autres. Là -dessus, on peut négocier avec le département pour avoir un meilleur équilibre des investissements.
- Du développement durable à court terme ?
Il faut enfin prendre au sérieux les questions d'environnement. Hausse du prix du pétrole, santé, avenir des générations futures...Ceux qui le font réussissent déjà ( exemple Gianonni qui exporte grâce à son procédé économe en énergie). Faire du développement durable, ce n'est pas mettre un pot de fleur sur la traverse d'une autoroute, encourager la dilution de la ville avec la circulation que cela suppose ou encore urbaniser 40 hectares de terres publiques en y mettant des magasins consacrés à l'environnement.
Il peut sembler facile de critiquer. Mais notre rôle n'est pas d'insister sur les points positifs du bilan et des projets du PS. Il s'en charge lui-même. Sur certains points cruciaux, on a l'impression que l'on engage l'avenir de la ville à la légère.