Pour qui a connu Morlaix dans les années 70, le Parti, c'était quelque chose. Un côté bagarreur et en même temps festif, simple et sans chichis, autour d'une crêpe et d'un coup de rouge, à mille lieues de la gauche caviar.

Quand on allait à la Fête de l'Huma, c'était une vraie caravane. Et là, sur un air de Jean Ferrat, tout prenait une autre dimension: le travail qui mutile et le travail qui crée, la joyeuse lutte du Front populaire et les combats tragiques de la Guerre d'Espagne, D'Estienne d'Orves et Guy Mocquet, par la magie du poète, s'inséraient dans une lutte pour un avenir meilleur.

Mais le Parti avait malheureusement aussi un autre visage. Sa haute direction prenait ses vacances chez le grand frère soviétique, tous frais payés par les tyrans du Kremlin,dont Poutine est le successeur grimaçant. Les simples militants , eux, n'ont pas trahi les valeurs de la Résistance. Mais il est juste de dire qu'ils se sont laissés tromper.

Aujourd'hui,ces temps sont un peu passés. Il est même de bon ton d'ignorer le monde du travail, dont le bilan est pourtant globalement positif: l'école laïque et gratuite, les lois sur le travail et les congés payés, la retraite par répartition, la Sécurité sociale , la SNCF et EDF, l'émancipation féminine...Dans cette situation de faiblesse, le parti communiste se raccroche à son grand frère socialiste.Même quand il verse dans le néolibéralisme. Et les militants se laissent tromper...

Si l'on veut aller de l'avant, il faut faire l'inventaire de la gauche du 20ème siècle. A garder, comme le lait sur le feu: l'internationalisme et le refus du militarisme aveugle, l'esprit critique et l'ouverture sur les grands courants scientifiques et culturels du passé et du présent, le sens de la lutte constructive. A abandonner sans regret: le dogmatisme, l'esprit d'appareil, l'attrait pour la violence qui peut aller jusqu'à la dictature. Quant à l'économie de marché, à ne pas confondre avec le néolibéralisme, il faudra d'abord dire par quoi la remplacer et déjà commencer activement par lui donner des justes limites.