Ikéa est à nos portes !
Par Alexis le lundi 18 février 2008, 13:33 - Economie, emploi, urbanisme (débats) - Lien permanent
Peut-on défendre efficacement les caissières de supermarché, le commerce de proximité et l'intérêt général de la Communauté de Morlaix ?
Si l'on n'a pas habité dans une grande ville, on ne mesure pas le pouvoir d'attraction du vendeur de meubles Ikéa. En mars, le géant scandinave ouvre une filiale à Brest , avec 236 salariés et plus de 8000 mètres carrés de magasin.C'est toute la configuration commerciale de la Basse-Bretagne qui va être bouleversée. Comme leurs ancêtres Vikings avant l'An Mil, le raid commercial des dirigeants de la multinationale risque d'être dévastateur.
- Un raid viking sur la Basse-Bretagne
Les Vikings avaient une particularité: ils partageaient équitablement leur butin, car tous avaient ramé et tous avaient combattu. Et de même, à lire le Ouest France d'aujourd'hui, Ikéa investit dans les bonnes relations sociales: pas de temps partiel subi, pas de travail le dimanche (rien n'est dit sur les salaires). Il est vrai que dans le pays d'origine d'Ikéa, la Suède, règne une vraie sociale-démocratie avec de puissants syndicats et des entreprises qui misent davantage sur le long terme.
-A quoi rêvent les caissières ?
De quoi faire rêver les caissières de supermarché, mais aussi les cadres moyens de la grande distribution, qui ne touchent qu'une fraction minuscule du chiffre d'affaires de leur entreprise. Avec cela, des temps partiels subis, qui sont de faux temps partiels étant donné l'intensité du travail et le découpage des pauses; des tâches répétitives dans une position inconfortable qui engendrent des troubles musculaires; des tâches toujours en augmentation ( "Avez-vous la carte de fidélité?" est la dernière nouveauté agaçante pour le client , épuisante pour l'employée); du travail la nuit, le dimanche, après 19 heures, les jours fériés, et pour Sarkosy-Attali,ce n'est pas encore assez.
- Le réveil des caissières
Aujourd'hui, les caissières se réveillent, épaulées par les syndicats.Ce qui peut faire aussi la différence à long terme, c'est un appui politique . En effet, les propriétaires des magasins ( parmi les plus grosses fortunes locales) soignent leur relations avec les élus de proximité. Ils ont bien sûr besoin de liaisons routières; ils veulent éviter que les commissions d'implantation de nouveaux magasins ne remettent en cause leur rente de situation.Et le plus souvent, ils ne peuvent pas menacer de délocaliser, car leurs clients ne les suivront pas jusqu'en Chine.
- Apprivoiser la grande distribution
Les élus locaux sont donc en mesure d'apprivoiser la puissance de la grande
distribution.
Apprivoiser sur le plan social, c'est veiller aux salaires , aux horaires de
travail, bref faire avec les syndicats un bilan social qui serait publié et
serait un moyen d'action.
Apprivoiser sur le plan de l'emploi, c'est anticiper l'arrivée des caisses
automatiques.
Apprivoiser sur le plan de l'urbanisme, c'est faire en sorte que ce mode de
distribution ne soit plus le champion des transports polluants et de
l'enlaidissement des paysages. Moderne n'est pas forcément synonyme de moche.
Ce sera quand même long pour St Martin-des-Zones, où l'espace commercial est
démesuré et désordonné; ce sera facile pour les minizones du
Leclerc-La-Boissière, de l'Intermarché-St-Fiacre et l'Intermarché-Rue-de-Brest,
insérées dans des quartiers vivants. Ainsi, on pourra faire du
gagnant-gagnant.
Apprivoiser sur le plan économique , c'est veiller à ce qu'il y ait un vrai
équilibre entre les types de commerce et les quartiers. D'abord défendre le
marché de Morlaix, l'un des plus beaux de Bretagne et qui met la qualité à
portée de tous, en tout cas pour les fruits et légumes.Ensuite, chercher à ce
que le marché puisse être une locomotive pour le commerce sédentaire, car il
dispose d'avantages économiques sur les boutiques et parfois gêne le samedi
matin le travail des commerçants.
- Un minigrenelle du centre-ville ?
Pour en revenir à Ikéa, c'est un lourd défi qui attend le centre-ville, mais aussi La Boissière et St Martin. Jean-Philippe Bapceres, le commerçant de la liste IDEES et ancien président de la principale association de commerçants de Morlaix, a proposé un mini-Grenelle du centre-ville entre les élus de la Communauté, ceux de Morlaix-centre, mais aussi les professionnels. Cela semble à la mesure de l'enjeu: rechercher ensemble les solutions sans a priori ; aller voir ensuite le Conseil général du Finistère pour obtenir des choix de subvention qui permettent de s'adapter à la puissance brestoise. Ce n'est pas utopique, beaucoup d'argent sont dans les caisses du département ( exemple des 20 millions d'euros pour la rocade, qui permettraient de faire de multiples réalisations dans le centre de Morlaix.).Ce Grenelle du centre-ville serait aussi l'occasion de relancer le combat pour les tribunaux car la parution au Journal Officiel n'est pas le dernier mot de l'affaire.
Quant aux décisions à mettre en place, notre liste a des idées à revendre ! A vous de vous informer et à tous d'en débattre ! Nous les avons trouvées dans les expériences réussies d'autres communes. Alors, pourquoi pas à Morlaix?