Une pensée pour monsieur R.............
Par Alexis le mercredi 20 février 2008, 10:33 - Environnement et santé (débats) - Lien permanent
Une crise de plus chez les éleveurs de porcs
-Le siège de Rennes
Les éleveurs de porcs ont fait hier le siège de la ville de Rennes, au centre
de l'Ouest français, spécialisé dans l'élevage intensif. Ils vendent en effet à
perte et certains risquent de mettre la clé sous la porte, renvoyés par le
propriétaire de leur exploitation, la banque.
Une crise de plus. Pour la comprendre, il faut remonter le temps. Jusqu'à la
Libération. On sort alors de la guerre, la population a du mal à remplir son
assiette. En même temps, c'est l'heure où tout est à reconstruire, à neuf. Et
en une génération, avec des machines, des" produits" et des hommes,
l'agriculture va réussir cet exploit: produire assez pour tout le monde et même
pour l'export. Un des secrets est la spécialisation de chaque ferme et de
chaque région sur son point fort. En Bretagne et dans l'ouest, le choix se
porte sur l'élevage intensif: les bêtes sont une vieille spécialité, on peut
faire vivre ainsi de nombreux agriculteurs sur de petites fermes,on fait venir
le complément d'alimentation par les ports.
-Dès les années 70, les problèmes apparaissent
Dès les années 70, les candides de l'écologie naissante commencent à poser des
questions: on produit assez, ne faut-il pas s'en contenter? La concentration
des cochons sur une seule région (6 cochons français sur 10 sont bretons) ne
va-t-il pas entraîner des nuisances ? Et la qualité de la viande ?
Mais les messieurs " tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes" sont
majoritaires dans les syndicats, les ministères et les banques.
-Un souvenir d'enfance en Haute-Bretagne
C'était quelques mois après ma première manifestation:nous soutenions
Solidarnosc, une cause alors jugée perdue d'avance. Dans une salle d'un village
près de Lamballe. Les habitants, souvent des nouveaux venus dans la commune,
créaient un " comité de défense de l'environnement".Le père
R..................et son fils veulent créer une porcherie industrielle !
Il y avait de l'inquiétude , à cause des odeurs et de l'eau. De l'embarras
aussi, car après tout , monsieur R.............. était sur ses terres et il en
allait de la survie de sa petite exploitation.Du désarroi, car les propos
compatissants du conseiller général semblait de peu de poids devant les
certitudes de la préfecture, qui autorisait les créations.
-La percée enrayée des Verts
En 1988, Antoine Waechter, le candidat du nouveau parti des Verts, fit une
percée phénoménale:3.78 % ! Avec un discours complètement farfelu. Par
exemple, il voulait soutenir des fermes à taille humaine, en "biologique". Bio
quoi? Dans les années 90, le parti des Verts fit des scores de plus en plus
forts.Avant que tout ne s'enraye: de nouveaux partis écolos, créés avec de
puissants fonds d'argent, vinrent faire de la concurrence avant de disparaitre
au bout de quelques élections. Et comme les Verts avaient le génie de se
disputer pour des broutilles...
- La crise finale ?
Je pense que l'exploitation de monsieur R................a depuis été engloutie
dans une des crises cycliques qui secouent l'élevage porcin.Pourtant, celle-ci
pourrait être la dernière. La France a en effet été condamnée par l'Union
européenne l'année dernière à rétablir au plus vite la situation de ses
rivières. De plus , le processus de concentration des fermes a tellement bien
réussi, que les éleveurs porcins ne représentent dans tout l'Ouest que 7000
exploitants: l'écoute des politiques n'est plus assurée ( le ministère de
l'agriculture a failli être transformé en simple secrétariat d'état); dans la
situation de crise écologique globale, les cours des aliments importés seront
de plus volatiles.C'est peut-être le moment de faire un pas de côté et de
changer de politique agricole.
Commentaires
salut, sympa ton bmog ! vraiment agréable de lire tes bilets. pour en revenir à ce billet, parfois certaines parenthèses en disent bien + quec le reste de la phrase: "6 cochons francais sur 10 sont bretons" :)
Et 4 poules françaises sont bretonnes ! Même chose ou à peu près pour les dindes et les vaches . Nous sommes cernés : ainsi, il y a 500 millions de poulets en Bretagne ( d'après le site Brest Ouvert): quasiment 300 pour chaque humain.
Toujours en matière de chiffres :le prince de Monaco, gentleman farmer à la tête d'un modeste exploitation de 700 ha dans les plaines de Picardie, a reçu 250 000 euros de subventions européennes . La PAC , ça eut payé , mais ça paye plus ...du moins ceux qui en auraient réellement besoin et qui remplissent au jour le jour notre assiette.
Car on a pu voir fleurir ces dernières semaines des chiffres énigmatiques sur les routes et les centres commerciaux du centre Bretagne:" 320 ou la mort !". 320 ( je ne suis pas sur du chiffre) correspond au prix demandé par les éleveurs laitiers aux grandes surfaces= 320 euros les 1000 litres de lait, soit 0.32 le litre. Ils ne l'ont pas obtenu et pourtant le prix continue à faire plusieurs fois la culbute avant d'arriver dans les rayons. Pourtant des prix rémunérateurs sont vitaux pour ceux qui cultivent et qui ne recoivent que les miettes de la PAC.
Au centre Leclerc de Guingamp, on pouvait aussi lire, tracé à la bombe sur le parking par des agriculteurs : " vive le commerce équitable ici aussi !". Et pourquoi pas par la même occasion une PAC équitable, qui donne autant au petit producteur qu'aux seigneurs de la Terre ?
Bref, voilà quelques travaux parlementaires studieux pour nos nouveaux élus européens:est-ce que leurs 16 % seront plus forts que les princes d'opérette et que les grandes chaines de distribution ?