-Le siège de Rennes
Les éleveurs de porcs ont fait hier le siège de la ville de Rennes, au centre de l'Ouest français, spécialisé dans l'élevage intensif. Ils vendent en effet à perte et certains risquent de mettre la clé sous la porte, renvoyés par le propriétaire de leur exploitation, la banque.
Une crise de plus. Pour la comprendre, il faut remonter le temps. Jusqu'à la Libération. On sort alors de la guerre, la population a du mal à remplir son assiette. En même temps, c'est l'heure où tout est à reconstruire, à neuf. Et en une génération, avec des machines, des" produits" et des hommes, l'agriculture va réussir cet exploit: produire assez pour tout le monde et même pour l'export. Un des secrets est la spécialisation de chaque ferme et de chaque région sur son point fort. En Bretagne et dans l'ouest, le choix se porte sur l'élevage intensif: les bêtes sont une vieille spécialité, on peut faire vivre ainsi de nombreux agriculteurs sur de petites fermes,on fait venir le complément d'alimentation par les ports.
-Dès les années 70, les problèmes apparaissent
Dès les années 70, les candides de l'écologie naissante commencent à poser des questions: on produit assez, ne faut-il pas s'en contenter? La concentration des cochons sur une seule région (6 cochons français sur 10 sont bretons) ne va-t-il pas entraîner des nuisances ? Et la qualité de la viande ? Mais les messieurs " tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes" sont majoritaires dans les syndicats, les ministères et les banques.
-Un souvenir d'enfance en Haute-Bretagne
C'était quelques mois après ma première manifestation:nous soutenions Solidarnosc, une cause alors jugée perdue d'avance. Dans une salle d'un village près de Lamballe. Les habitants, souvent des nouveaux venus dans la commune, créaient un " comité de défense de l'environnement".Le père R..................et son fils veulent créer une porcherie industrielle ! Il y avait de l'inquiétude , à cause des odeurs et de l'eau. De l'embarras aussi, car après tout , monsieur R.............. était sur ses terres et il en allait de la survie de sa petite exploitation.Du désarroi, car les propos compatissants du conseiller général semblait de peu de poids devant les certitudes de la préfecture, qui autorisait les créations.
-La percée enrayée des Verts
En 1988, Antoine Waechter, le candidat du nouveau parti des Verts, fit une percée phénoménale:3.78 % ! Avec un discours complètement farfelu. Par exemple, il voulait soutenir des fermes à taille humaine, en "biologique". Bio quoi? Dans les années 90, le parti des Verts fit des scores de plus en plus forts.Avant que tout ne s'enraye: de nouveaux partis écolos, créés avec de puissants fonds d'argent, vinrent faire de la concurrence avant de disparaitre au bout de quelques élections. Et comme les Verts avaient le génie de se disputer pour des broutilles...
- La crise finale ?
Je pense que l'exploitation de monsieur R................a depuis été engloutie dans une des crises cycliques qui secouent l'élevage porcin.Pourtant, celle-ci pourrait être la dernière. La France a en effet été condamnée par l'Union européenne l'année dernière à rétablir au plus vite la situation de ses rivières. De plus , le processus de concentration des fermes a tellement bien réussi, que les éleveurs porcins ne représentent dans tout l'Ouest que 7000 exploitants: l'écoute des politiques n'est plus assurée ( le ministère de l'agriculture a failli être transformé en simple secrétariat d'état); dans la situation de crise écologique globale, les cours des aliments importés seront de plus volatiles.C'est peut-être le moment de faire un pas de côté et de changer de politique agricole.