"Les commerçants doivent défendre leur outil de travail"
Par Alexis le vendredi 22 février 2008, 15:31 - Economie, emploi, urbanisme (débats) - Lien permanent
Interview exclusive de Jean-Philippe Bapceres, numéro 3 de la liste IDEES, ancien président de la principale association de commerçants de Morlaix et très investi dans la promotion du tourisme.
Dans ton interview au bulletin n°3 consacré au centre-ville, tu dresses un
tableau pessimiste de l'état du commerce morlaisien. Est-ce que tu n'exagères
pas un peu ?
-Il suffit de se promener en ville pour constater une désertification
croissante , avec une diminution de l'offre commerciale. Il y a aussi une
paupérisation, avec le problème de pouvoir d'achat que cela entraîne. Plusieurs
études officielles confirment le tableau
.
-Pourtant, on a l'impression que le commerce n'en finit pas de mourir...Déjà
, dans le Bonheur des Dames, Zola raconte la lutte désespérée de la
petite boutique et du grand magasin. Alors comment font les commerçants face
aux atouts de la grande distribution ?
-"La grande distribution a fait beaucoup de mal à tous les commerces et
notamment au commerce de bouche.Pour le reste , les commerçants s'efforcent
d'offrir des prestations différentes: suivi des commandes, proximité et contact
humain , conseils qui sont plus limités en grande distribution...''.
Il me semble qu'il y a un autre atout pour les commerçants: le plaisir de
faire les boutiques au centre-ville.
-" Oui, c'est certain, le centre-ville, c'est l'outil de travail du
commerçant de proximité. Voilà pourquoi il s'implique en participant aux
animations ou en travaillant sur l'aspect extérieur de son magasin: cela donne
une valeur ajoutée à son commerce mais aussi à toute la ville."
Cet outil de travail, les commerçants le défendent-ils vraiment ? Les
militants écolos se sentent parfois un peu seuls quand ils luttent contre
l'urbanisation excessive. Nous étions une cinquantaine pour manifester un
dimanche d'automne sur le trajet de la future rocade St Fiacre-Langolvas.Je
pense qu'il n'y avait pas un seul commerçant.
- " La rocade est loin du centre, les commerçants ne font pas forcément
le lien avec Langolvas et le centre-ville.Tous ne réalisent pas que cette
nouvelle route va desservir directement les zones périphériques. Pour le reste,
ils se sont mobilisés pour la défense des tribunaux et sur Langolvas. Je suis
même passé sur France 3 !"
C'est sur cette question que tu as rencontré Michel Le Saint ?
-"'''ll y a eu alors un engagement clair de Michel Le Saint. Et puis, c'est
tout le programme économique de la liste IDEES qui me semble convaincant et
cohérent.
La droite a été dans toute cette affaire peu audible. Le jour de la
présentation du projet Langolvas, elle a quitté la salle.C'est tout. A
l'époque, on n'a pas de rencontre avec eux. Aujourd'hui, le programme de
l'opposition de droite reste peu clair sur ce point. On ne la sent pas
prête''."
Pour en revenir au projet, celui défendu par IDEES est audacieux. N'as-tu pas peur de faire fuir les clients avec l'espace piétonnier ?
-"Non, je ne pense pas. Si on met en place les navettes avec des
parkings périphériques, alors le côté convivial ne peut être que bénéfique.
Dans d'autres villes , les commerçants ont été bénéficiaires de la
piétonnisation. Car il n'y a pas de crise générale des centre-villes,
contrairement à ce que disent les deux autres candidats."
C'est vrai que depuis une dizaine d'années, il y a un retour au centre-ville
dans de nombreuses régions.
-"Attention, tout n'est pas simple.Il faut des mesures énergiques étant
donné la situation, mais il faut faire les choses progressivement , en testant
les solutions.
Vois-tu d'autres problèmes, d'autres solutions ?
- " On peut jouer sur l'aide à la création d'entreprises ( cautionnement
auprès des banques sur projet viable); gratuité des étalages sur la rue; et
faire attention à la pression fiscale sur les ménages.Je pense aussi à une
gestion plus cohérente de la circulation.Il faut aussi développer les surfaces
( autour de 100 m2, pour attirer des franchises, qui le demandent dans leur
cahier des charges)."
Mais ces franchises ne vont-elles pas concurrencer le commerce existant et banaliser la ville ?
-"Non , elles attirent du monde sur la ville. C'est une question d'équilibre. Ici, en comparaison d'autres villes, les franchises et le petit commerce sont en nombre insuffisants. Ne pas oublier le tourisme où..."
Je t'arrête, on fera une autre interview sur le tourisme...Les conditions de
travail des employés sont-elles meilleures dans le petit commerce que dans la
grande distribution ?
- "Dans le petit commerce, il n'y a pas photo ! L'employeur connait
ses employés, si une employée doit partir 5 minutes en avance à cause de ses
enfants, ce n'est pas un problème..."
Tu n'es pas en train de me peindre le tableau en rose...
- " Ecoute, viens interviewer les employées de la rue, si tu
veux..."
Il parait que tes collègues te chambrent gentiment en t'appelant "
camarade". Pourquoi ?
-" Parce que la liste IDEES est ancrée à gauche. Je suis moi-même sans
étiquette comme beaucoup sur la liste, mais j'ai une sensibilité
sociale.D'ailleurs, comment faire autrement sur une ville comme Morlaix ?
Il faut aussi investir dans le social si on veut tirer la ville vers le
haut".
Est-ce que les projets de la liste IDEES ne vont pas coûter cher en argent public ?
-" ''L'ascenseur-passerelle et les navettes sont acceptées par la Communauté de
Morlaix et auront un financement commun.D'ailleurs il devrait en être de même à
l'avenir pour des charges qui reposent seulement sur les contribuables
morlaisiens mais qui profitent à tous les habitants des communes
extérieures.
Par ailleurs, nous nous sommes clairement engagés sur des programmes
d'économies de gestion : parc automobile de la ville de Morlaix, économies
d'énergie dans les bâtiments publics."''