Que penses-tu de l'écologie ?

- J'en fais concrètement depuis1993 dans ce jardin. Un jardin qui existe en n'employant que du bio en tant que fumure, sans produits chimiques. L'important, c'est un travail bien défini de la terre, en bêchant intelligemment et pas à moitié, pour avoir un terrain uniforme dans sa texture.La terre est à renouveler, à respecter,...
Comment enseignes-tu à jardiner ?
- Je réponds aux questions pour que l'autre soit capable de progresser dans sa formation. Comme tout enseignement, cela a besoin d' être démontré, mais pas comme les maths ou la littérature.
J'ai été frappé de la manière dont tu expliques le maniement de la faux.
- La fauche est un apprentissage. Il faut s'adapter à l'outil, à l'herbe qui doit être coupée, à apprendre avec le cerveau. En fait, le corps apprend lui-même les gestes à faire. La tenir comme il faut, savoir positionner la lame, l'aiguiser, bouger avec le minimum de fatigue et le maximum de rendement.Ne pas maltraiter la faux et ne pas maltraiter le bonhomme.
Et toi-même, comment as-tu appris ?
-Je suis né dans un milieu paysan. J'ai appris en observant, à l'exemple de quelqu'un qui connait. Comme toute éducation. J'ai commencé à 8 ans...

A 8 ans ! Tu devais être plus petit que la faux !

- J'ai commencé à la faucille, puis à 12 ans à la faux. La faucille est plus manuelle, la faux, c'est tout le corps.Tout ce qui n'était pas mécanisé se faisait en groupe: 15 faucheurs se suivaient en groupe et fauchaient tout en tournant, c'était beau à voir ( tout en faisant un geste tournant avec son bras). Aujourd'hui, la faux continue à être utile pour les travaux délicats ou quand l'herbe est tassée, tu la relèves avant de la couper.
Tu as continué à utiliser la faux quand, adulte, tu es devenu toi-même paysan ?
- Salarié agricole, pas paysan ! Le paysan, c'est le propriétaire ! J'étais syndiqué, je n'acceptais pas n'importe quoi!
Tu as continué à utiliser la faux, quand tu es devenu salarié agricole ?
- Non, il y a eu la débroussailleuse, d'abord non mécanique.Les machines agricoles, ça m'a réjoui pour libérer l'homme ! On a triplé la culture, on l'a multiplié par 10 ! Le mieux, c'étaient les batteuses, puis les moissonneuses-batteuses. Cela a amené plus de qualification, car le conducteur devait être plus qualifié. Moi-même, je n'ai jamais conduit de moissonneuses, juste alimenté la batteuse.
Pas de regret pour la faux ?
- Plus on est organisé mécaniquement, plus c'est fonction du rendement.Les salariés agricoles étaient pris pour des esclaves...
Des esclaves ?
- Ils n'avaient pas grand chose, plusieurs ont été abimés. La machine, tu dois t'adapter, la machine fait aussi des dégâts.
J'imaginais qu' à force de pratiquer la faux, on était plus patient...là, je te vois plein d'indignation !
- Ce qui m'indigne, c'est le capitalisme intégral, comment...
Le libéralisme ?
- C'est ça , le libéralisme: l'humanité est sacrifiée, l'ouvrier est utilisé pour produire au maximum au moindre prix.

Maintenant que tu as le temps, est-ce que tu as des hobbies ?

- Des quois ?
Quels loisirs as-tu ?
- Des loisirs pour corriger l'esclavage de l'homme par la machine, par l'économie...pour rester un homme libre, quelque soit l'âge, on a toujours quelque chose à inventer...
Mais plus concrétement, à part le jardinage, il me semble que tu as d'autres occupations...
- Je fais du théâtre, de la lecture, l'écoute, j'interroge, le dialogue, je fais de la poésie...
Où habites-tu ?
- Dans un logement pour économiquement faible à Bodilis.
Et pourquoi es-tu ici à Morlaix ? Ca fait un bout même en voiture...
Pour empêcher le chômage de croître... Je suis syndiqué depuis 1960 ! Pour militer, il faut travailler sur un terrain plus vaste. Bodilis, c'est trop petit !
Au fait, quel âge as-tu ?
- 82 ans .
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