Cet important soutien permet une programmation ambitieuse. Mais, dans une ville comme Morlaix, une telle somme n'est légitime que si l'ambition ne se limite pas à programmer des spectacles de qualité pour un public ciblé à l'avance. Le rôle du théâtre n'est pas de conforter des spectateurs cultivés dans leur sentiment du « bon goût », c'est de lancer des passerelles entre des créateurs et un public le plus large possible, qu'il faut apprivoiser car il n'est pas immédiatement familier avec les codes culturels de la création contemporaine. Nous nous refusons donc à opposer exigence de qualité et démarche d'ouverture à un large public. Nous voulons un théâtre qui marche sur deux pieds.

Par ailleurs, plusieurs questions méritent d'être posées en préalable à une réflexion sur la destination de notre théâtre à l'italienne. Cet équipement a-t-il vocation à programmer uniquement du théâtre ou doit-on y voir également de la musique, de l'opéra, de la danse, etc ... ? Doit-il s'ouvrir à la création locale ou doit-il diffuser uniquement des créations déjà reconnues sur un plan national ? Faut-il concevoir une programmation culturelle intercommunale et multi-salles (théâtre, salle du Roudour, salle Sésame...) ou faut-il entériner la juxtaposition d'équipements gérés de manière autonome ? Enfin, compte tenu de la proportion de non Morlaisiens fréquentant le théâtre et de la pauvreté de la ville, doit-on rechercher une participation communautaire ou doit-on la craindre au motif que certains élus ont émis des réserves devant l'élitisme supposé de la programmation actuelle ? Pour notre part, nous considérons qu'il appartient aux citoyens et à leurs élus de répondre à ces questions et de définir un cadre. Ensuite, à l'intérieur de ce cadre, que les professionnels fassent librement leur travail de passeurs !