Pour un théâtre qui marche sur deux pieds
Par Michel Le Saint le mercredi 27 février 2008, 15:09 - Culture et sport (débats) - Lien permanent
La commune verse 550 000 € de subvention au théâtre du pays de Morlaix, dont 200 000 € lui sont reversés sous forme de loyers (qui couvrent notamment les intérêts d'emprunts liés à la restauration de la salle).
Cet important soutien permet une programmation ambitieuse. Mais, dans une
ville comme Morlaix, une telle somme n'est légitime que si l'ambition ne se
limite pas à programmer des spectacles de qualité pour un public ciblé à
l'avance. Le rôle du théâtre n'est pas de conforter des spectateurs cultivés
dans leur sentiment du « bon goût », c'est de lancer des passerelles entre
des créateurs et un public le plus large possible, qu'il faut apprivoiser car
il n'est pas immédiatement familier avec les codes culturels de la création
contemporaine. Nous nous refusons donc à opposer exigence de qualité et
démarche d'ouverture à un large public. Nous voulons un théâtre qui marche sur
deux pieds.
Par ailleurs, plusieurs questions méritent d'être posées en préalable à une réflexion sur la destination de notre théâtre à l'italienne. Cet équipement a-t-il vocation à programmer uniquement du théâtre ou doit-on y voir également de la musique, de l'opéra, de la danse, etc ... ? Doit-il s'ouvrir à la création locale ou doit-il diffuser uniquement des créations déjà reconnues sur un plan national ? Faut-il concevoir une programmation culturelle intercommunale et multi-salles (théâtre, salle du Roudour, salle Sésame...) ou faut-il entériner la juxtaposition d'équipements gérés de manière autonome ? Enfin, compte tenu de la proportion de non Morlaisiens fréquentant le théâtre et de la pauvreté de la ville, doit-on rechercher une participation communautaire ou doit-on la craindre au motif que certains élus ont émis des réserves devant l'élitisme supposé de la programmation actuelle ? Pour notre part, nous considérons qu'il appartient aux citoyens et à leurs élus de répondre à ces questions et de définir un cadre. Ensuite, à l'intérieur de ce cadre, que les professionnels fassent librement leur travail de passeurs !
Commentaires
Votre liste "Idées...citoyenne publie une intervention sur le théâtre. Je suis atterrée par vos propos. Ceux-ci sont semblables à la Ministre de la Culture " on mesure la culture en fonction de ses coûts et on la juge comme une charge dans l'univers du marché"
Il faut faire profil bas et promouvoir ce qui plaît (il est proposé : une rencontre des citoyens et élus pour les choix) comme si le grand public se destinait à une éternelle répartition du spectacle télévisé; mais c'est à l'imagination qu'il faut donner du pouvoir
Elf Pompe à fric.. 20.000 Lieux sous la mer.. Voltaire-Rousseau... Le pianiste.. Le Flamenco.. c'est élitiste et de bon goût ? Certainement !
Demander à la fois une ambition (que vous avez proclamé) et que par ailleurs vous estimez que la culture doit être la loi de la demande et que celle-ci doit guider les programmes est un non sens.
Si on n'a pas une politique intelligente de l'offre c'est le pluralisme qui disparaît : plus de cinémas d'Art et d'Essai, plus de théâtre ; on aura une forêt de petites oeuvrettes
qui fera la joie de tous et toutes. Mais on peut toujours réfléchir à tout, mais quand on
effondre le socle, plus de créateurs, plus de professionnels, plus de passeurs.
Quelle chance peuvent avoir les oeuvres si elles sont condamnées avant de les goûtées.
Je crois profondément à l'individu, en sa capacité à s'élever, à s'améliorer et à être surpris par ses propres capacités souvent ignorées ou occultées. Quand on a l'audace de montrer on peut souvent vérifier que des gens sans habitudes culturelles peuvent apprécier les créations les plus exigeantes, les plus audacieuses. Et rien ne me met plus en colère que l'infantilisation des gens, le fait d'anticiper une bonne fois pour toutes ce qui serait accessible pour eux et ce qui ne le serait pas. Ce mot même "accessible" me rend perplexe et est entaché de mépris.
La citoyenneté demande de la culture.
Dans toute approche de création il y a de l'inattendu et c'est ce même inattendu qui nous nourrit, nous pousse à chercher, à refuser les vérités toutes faites. C'est l'inattendu qui quelquefois nous effraie, nous intimide face à des oeuvres contemporaines, mais c'est aussi cela qui construit notre citoyenneté.
Aujourd'hui le monde de la culture hurle et votre "idée neuve" c'est attention
La Commune de Morlaix verse 55O.OOO euros (le coût d'un ascenseur !)
Bien à vous.
Vous me prêtez des propos qui sont à l'exact opposé de ceux qui sont tenus dans ce billet. Ce que nous disons, c'est qu'en matière de culture, tout part des créateurs et que le rôle d'un programmateur est d'être un passeur entre les créateurs et le public. Il s'agit pour nous d'amener tous les publics vers des oeuvres de qualité et non de leur vendre de la soupe commerciale. C'est tout le contraire d'un discours qui tendrait à dire qu'il faut donner au public "ce qu'il demande" ! Et, d'ailleurs, comment sait-on ce qu'il demande réellement ? La politique de l'offre dont vous vous réclamez, n'est-ce pas le rouleau compresseur de TF1 et sa capacité à façonner les goûts et les opinions ? Et le fait que nous parlions de "supposé" élitisme veut dire, me semble-t-il, que nous récusons la critique implicitement contenue dans l'utilisation de ce terme.
Je souscris d'ailleurs entièrement au passage ci-dessous de votre commentaire :
"Je crois profondément à l'individu, en sa capacité à s'élever, à s'améliorer et à être surpris par ses propres capacités souvent ignorées ou occultées. Quand on a l'audace de montrer on peut souvent vérifier que des gens sans habitudes culturelles peuvent apprécier les créations les plus exigeantes, les plus audacieuses. Et rien ne me met plus en colère que l'infantilisation des gens, le fait d'anticiper une bonne fois pour toutes ce qui serait accessible pour eux et ce qui ne le serait pas. Ce mot même "accessible" me rend perplexe et est entaché de mépris.
La citoyenneté demande de la culture.
Dans toute approche de création il y a de l'inattendu et c'est ce même inattendu qui nous nourrit, nous pousse à chercher, à refuser les vérités toutes faites. C'est l'inattendu qui quelquefois nous effraie, nous intimide face à des oeuvres contemporaines, mais c'est aussi cela qui construit notre citoyenneté."
Mais la création contemporaine n'existe-t-elle que labellisée par la critique parisienne ? N'y a-t-il pas de découverte à faire dans le foisonnement culturel du pays de Morlaix ? N'est-ce pas le rôle d'un programmateur que de guetter dans ce bouillonnement des oeuvres émergentes ? (ce que faisait fort bien le regretté Yvon Diraison).
Quant au coût de la culture, que vous semblez vouloir occulter, les créateurs savent eux-mêmes qu'il est difficile de faire oeuvre d'artiste sans argent. Et toute collectivité publique travaille à budget limité. Faire une politique au service de l'art oblige à se poser la question de la répartition de ce budget, sauf à demander aux artistes de vivre de l'air du temps.
Enfin, nous ne disons pas que les élus et les citoyens doivent choisir une programmation, nous disons précisément l'inverse, qu'il faut laisser les professionnels faire librement leur travail de passeurs. En revanche, ce sont les élus et les citoyens qui doivent définir quels moyens sont alloués à la culture (et nous n'avons jamais dit que nous souhaitions les voir diminuer !). C'est d'ailleurs une banale évidence (à moins que vous ne connaissiez un exemple où ce sont les artistes eux-mêmes qui fixent le montant des subventions qui leur sont attribuées ?).
En conclusion, de deux choses l'une : ou vous êtes de mauvaise foi, ou vos contresens s'expliquent parce que vous avez lu ce texte avec des préjugés (il est vrai que la période électorale incite à l'une et l'autre de ces dérives). Et un conseil : sur le "bon goût" comme instrument de distinction sociale, lisez Bourdieu.
Suite et fin
Monsieur,
Vous me faites un procès d'intention et rien ne vous permet de mettre en doute ma bonne foi ou juger de mes préjugés supposés; j'ai lu attentivement votre intervention avec des ami(e)s et comme je fréquente régulièrement le "Théâtre du Pays de Morlaix" (comme d'autres lieux culturels) j'ai réagi à ce texte.
Rassurez vous je n'habite pas Morlaix
Bonne réception
J'ai pointé un certain nombre de contresens dans votre commentaire et je constate que vous n'en donnez pas d'explication. Le premier procès d'intention, c'est de faire accroire que notre liste voudrait s'en prendre au "monde de la culture" alors que nous annonçons clairement l'objectif inverse.
La liste IDEES compte plusieurs personnes ayant des pratiques artistiques en tant qu'amateurs ou professionnels et ses membres fréquentent également, comme vous le faites vous-même, les différents lieux culturels de l'agglomération morlaisienne. Et nous soutenons les nombreux artistes qui se battent pour une culture ouverte et vivante, à Morlaix ou à Paris, et qui se heurtent aujourd'hui à des restrictions budgétaires, mais aussi à des pratiques institutionnelles qui confinent parfois au clanisme.
ca me rappele berlusconi :)