Joseph Le Bihan, organisateur de la venue en Bretagne de l'ancien colonel du KGB Igor Prelin, me met en cause dans l'édition du 18/12 du Télégramme pour avoir critiqué la réception organisée en mairie de Morlaix en l'honneur de ce dernier.

Il m'accuse d'appartenir à un parti qui a eu des liens étroits avec le communisme. Pour mesurer la portée du propos, il faut savoir qu'il assimile le communisme au stalinisme, comme en témoigne cette affirmation : « Il n’y a pas de différence de nature entre le nazisme et le communisme, mais le second a été pire que le premier. » (1)

Précisons donc les choses. D'une part, je suis adhérent des Verts, parti qui n'a aucun lien ni de près ni de loin avec le stalinisme et qui défend au contraire avec constance les droits des individus contre l'arbitraire de l'Etat. D'autre part, je ne crois pas que l'assimilation du communisme au stalinisme soit pertinente. Marx ne voyait-il pas dans le communisme un processus de «dépérissement de l'Etat », là où Staline a étendu l'emprise de l'Etat à tous les domaines de la vie sociale ? Cette première insinuation est donc totalement déplacée.

Pour éviter de répondre sur le fond, Le Bihan indique également que « la poubelle ne l'intéresse pas ». Pourtant, il est utile de soulever le couvercle pour regarder ce qui se cache derrière la façade de respectabilité dont est parvenu à se doter l'Institut de Locarn. Fondé à l'initiative de Le Bihan au début des années 90, cet institut a été inauguré par l'un de ses amis, l'archiduc Otto de Habsbourg, député européen d'extrême droite et soutien inconditionnel de l'Opus Dei, une organisation catholique réactionnaire. Ce fait a d'ailleurs été dénoncé à l'époque par la revue chrétienne Golias. (2)

Les locaux de l'institut sont la propriété d'une SCI dont Le Bihan détient l'essentiel des parts (3) et ce projet a, de manière surprenante, bénéficié de subventions publiques conséquentes. Locarn fonctionne aujourd'hui comme le coeur d'un réseau d'influence intégrant de nombreux chefs d'entreprise bretons ou d'origine bretonne. Le Bihan étant un ancien collaborateur des services secrets français, on ne s'étonnera guère de ce goût prononcé pour les réseaux plus ou moins occultes. Outre Locarn, il est membre d' « Héritage et progrès », un autre « think tank » ultralibéral.

Il prône une vision « géostratégique » qui repose sur une hiérarchisation des peuples et des cultures. Le journal « L'humanité » rapporte ainsi le contenu d'une de ses conférences : Il oppose « les peuples à culture molle » et ceux « à culture énergique » appelés à dominer la planète. Une logique xénophobe traverse la pseudo-démonstration : « La prospérité de ma famille et de ma patrie…, de telles valeurs sont absentes de l’esprit d’un Sénégalais, d’un Malien ou d’un Algérien. » De tels propos tombent sous le coup de la loi (...).  (4) Ce verbiage n'aurait guère d'importance s'il ne séduisait une partie du patronat breton, manifestement flattée d'être classée dans l'élite des « peuples à culture énergique ».

Pour plus de transparence, et puisque Joseph Le Bihan dit espérer « avoir l'occasion de s'expliquer directement » avec moi, je lui propose d'organiser un débat public contradictoire sur l'Institut de Locarn, sur ses thèses relatives à la hiérarchisation des peuples et des cultures et sur la situation des droits de l'homme aujourd'hui en Russie.

(1)rapporté par Charlie Hebdo n° 323 (2)Golias magazine n° 59 (3)SCI de Kerhunou (4)L'Humanité 12/11/1999