Les dessous de l'Institut de Locarn (en réponse à Joseph Le Bihan)
Par Michel Le Saint le mardi 30 décembre 2008, 20:48 - Points de vue - Lien permanent
A quand un vrai débat sur l'institut de Locarn ? (Le Télégramme a publié ma réponse, mais sans les passages relatifs à l'institut de Locarn)
Joseph Le Bihan, organisateur de la venue en Bretagne de l'ancien colonel du KGB Igor Prelin, me met en cause dans l'édition du 18/12 du Télégramme pour avoir critiqué la réception organisée en mairie de Morlaix en l'honneur de ce dernier.
Il m'accuse d'appartenir à un parti qui a eu des liens étroits avec le communisme. Pour mesurer la portée du propos, il faut savoir qu'il assimile le communisme au stalinisme, comme en témoigne cette affirmation : « Il n’y a pas de différence de nature entre le nazisme et le communisme, mais le second a été pire que le premier. » (1)
Précisons donc les choses. D'une part, je suis adhérent des Verts, parti qui n'a aucun lien ni de près ni de loin avec le stalinisme et qui défend au contraire avec constance les droits des individus contre l'arbitraire de l'Etat. D'autre part, je ne crois pas que l'assimilation du communisme au stalinisme soit pertinente. Marx ne voyait-il pas dans le communisme un processus de «dépérissement de l'Etat », là où Staline a étendu l'emprise de l'Etat à tous les domaines de la vie sociale ? Cette première insinuation est donc totalement déplacée.
Pour éviter de répondre sur le fond, Le Bihan indique également que « la poubelle ne l'intéresse pas ». Pourtant, il est utile de soulever le couvercle pour regarder ce qui se cache derrière la façade de respectabilité dont est parvenu à se doter l'Institut de Locarn. Fondé à l'initiative de Le Bihan au début des années 90, cet institut a été inauguré par l'un de ses amis, l'archiduc Otto de Habsbourg, député européen d'extrême droite et soutien inconditionnel de l'Opus Dei, une organisation catholique réactionnaire. Ce fait a d'ailleurs été dénoncé à l'époque par la revue chrétienne Golias. (2)
Les locaux de l'institut sont la propriété d'une SCI dont Le Bihan détient l'essentiel des parts (3) et ce projet a, de manière surprenante, bénéficié de subventions publiques conséquentes. Locarn fonctionne aujourd'hui comme le coeur d'un réseau d'influence intégrant de nombreux chefs d'entreprise bretons ou d'origine bretonne. Le Bihan étant un ancien collaborateur des services secrets français, on ne s'étonnera guère de ce goût prononcé pour les réseaux plus ou moins occultes. Outre Locarn, il est membre d' « Héritage et progrès », un autre « think tank » ultralibéral.
Il prône une vision « géostratégique » qui repose sur une hiérarchisation des peuples et des cultures. Le journal « L'humanité » rapporte ainsi le contenu d'une de ses conférences : Il oppose « les peuples à culture molle » et ceux « à culture énergique » appelés à dominer la planète. Une logique xénophobe traverse la pseudo-démonstration : « La prospérité de ma famille et de ma patrie…, de telles valeurs sont absentes de l’esprit d’un Sénégalais, d’un Malien ou d’un Algérien. » De tels propos tombent sous le coup de la loi (...). (4) Ce verbiage n'aurait guère d'importance s'il ne séduisait une partie du patronat breton, manifestement flattée d'être classée dans l'élite des « peuples à culture énergique ».
Pour plus de transparence, et puisque Joseph Le Bihan dit espérer « avoir l'occasion de s'expliquer directement » avec moi, je lui propose d'organiser un débat public contradictoire sur l'Institut de Locarn, sur ses thèses relatives à la hiérarchisation des peuples et des cultures et sur la situation des droits de l'homme aujourd'hui en Russie.
(1)rapporté par Charlie Hebdo n° 323 (2)Golias magazine n° 59 (3)SCI de Kerhunou (4)L'Humanité 12/11/1999
Commentaires
Bonjour,
il y a quelques années, le groupe libertaire Lochu de Vannes (fédération anarchiste) avait mené une campagne contre l'Institut de Locarn. Un collectif "dénoncer l'institut de Locarn - Davos breton" avait même été monté à cet effet (avec les orgas du 56 Attac, Sud Ptt, sud educ, la libre Pensée, la conf paysanne, le Parti des Travailleurs, Liber-terre, les moutons noirs...)... On l'a un peu mis en veilleuse mais en publiant les tracts de l'époque sur notre blog :
http://anars56.over-blog.org/articl...
http://anars56.over-blog.org/articl...
j'ai refait quelques recherches et je suis tombé sur votre site.
Puis-je avoir les textes de la polémique en question avec Joseph Le Bihan (le vôtre, sa réaction et votre réponse intégrale) ? Pas pour les publier mais pour les consulter.
Je crois qu'il ne faut pas lâcher cette bête là.
merci d'avance.
Anarchas salutations,
Stef@ mystiquaire
Bonjour,
quand on gratte autour de l'Institut de Locarn, on tombe inévitablement sur... Produit en Bretagne !
Ce label a la cote, alors nous avons regardé de plus près s'il correspondait bien à ce à quoi il prétendait...
"Produit en Bretagne : arnaques et marketing", c'est ici : http://anars56.over-blog.org/articl...
Par ailleurs, par rapport à la position du Télégramme quant à l'Institut de Locarn, il ne faut pas s'étonner...
Dans son édition du 27 octobre 2009, nous apprenions que pour les 15 ans de l'institut, Hubert Coudurier, directeur de l'information du Télégramme (qui appartient à la famille Coudurier), était intervenant à l'une des conférences de Locarn...
Kenavo,
l'institutrice de Quimperlé
l'institut de locarn a choisi comme emblême un drapeau trés particulier.On peut voir ça sur un livre paru chez coop breizh et écrit par monsieur rault de Rostrenen.il s'agit tout simplement du drapeau (croix noire sur fond blanc légèrement décalée sur la gauche) du Bezen Perrot,la milice des SS bretons en 1944.Jo le BIHAN qui est un fameux mytho (tout ceux qui l'ont entendu dégoiser au restau de locarn peuvent en témoigner)n'est pas fou.IL a donc retiré l'oriflamme de la devanture de son bazar pour ne pas facher ses bailleurs de fonds du PS.Parler de Davos Breton est exagéré.Il a mélangé HUNTINGTON et le"club de l'horloge" pour en faire un brouet que les patrons Bretons bouffent goulument.Incultes qu'il sont.
Bonjour Mesdames Messieurs,
J'ai remarqué qu'il est plus facile de démollir que de construire.
Si personne n'est parfait, il semble qu'a travers vos remarques vous déteniez la vérité. C'est à dire un modèle de societé idéale.
Alors au nom de tous les gens heureux et malheureux, dites nous ou elle a été mise en oeuvre avec succès, afin d'en faire profiter tous nos frères et soeurs car nous le sommes tous frères et soeurs sur cette Terre. Sommes-nous d'accord la dessus ?
Je cite une partie de l'article de la Revue Golias que vous mentionnez ici et que j'ai lu dans " Patrick Le Lay, nationaliste breton " de Françoise Morvan ( site Observatoire du communautarisme: http://www.communautarisme.net/Patr... )
"Inauguré par Yvon Bourges et l’archiduc Otto de Habsbourg, béni par Dom Le Gall, Père-abbé de l’abbaye bénédictine voisine de Kergonan, l’Institut de Locarn rassemble chercheurs, enseignants, spécialistes du marketing et chefs d’entreprise au sein d’un « collège stratégique » où des journalistes en vue côtoient des experts de la défense européenne et du renseignement économique. Son but : préparer l’avènement du troisième millénaire en la fondant sur des régions historiques — la Bretagne, la Flandre, la Bavière, la Catalogne, etc — dont on aura préalablement renforcé l’intégration économique et spirituelle. Volontairement ambigu, ce credo qui vise à « transformer la Bretagne en dragon intra-européen », a réussi à fédérer sous une même bannière nationalistes bretons, lobbies patronaux régionalistes et partisans de la nouvelle évangélisation… Implicitement mais violemment anti-républicaines, leurs thèses reposent sur une vision ethno-différentialiste de l’histoire qui voit dans la compétition économique une guerre de cultures. […] Financé par quelques ténors du patronat français, le centre se targue de l’intérêt que lui manifestent Patrick Le Lay, Patrick Poivre d’Arvor et autres personnalités médiatiques. Patrick Le Lay et Patrick Poivre d’Arvor ont assisté Joseph Le Bihan, fondateur de l’Institut, pour assurer le pilotage de la revue Bretons d’ailleurs qui relayait les idées des membres du collège stratégique avant de faire l’objet d’une liquidation judiciaire. Aujourd’hui, le Nouvel Ouest, financé par TF1 et Le Point, semble servir de nouvelle tribune à ces croisés d’un autre âge. " (Golias, mars-avril 1998).
Également de l'institut, Bolloré qui oeuvre aussi en Afrique et dont on peut faire connaissance sur le site du Monde Diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/re...