Nous vivons aujourd'hui une ère de mondialisation des échanges et d'interdépendance croissante entre les peuples. La dimension capitaliste de ce phénomène, omniprésente, se caractérise par l'asservissement des activités humaines dans les rets de la rentabilité et l'accaparement des richesses financières et matérielles au profit de quelques-uns. Mais, pour pesante qu'elle soit, cette emprise de l'économie capitaliste mondialisée ne doit pas nous conduire à un repli nationaliste frileux. Sachons plutôt la combattre sans pour autant cesser de nous émerveiller de la diversité des cultures et de l'ouverture du champ des possibles qui naît de cette diversité.

Surtout, ne nous laissons pas berner par le mythe d'une identité nationale qui serait exclusive de toutes les autres. Libre à chacun de se sentir à la fois Morlaisien et Breton et Français et Européen et citoyen du monde s'il le souhaite. Et, dussions-nous choisir entre ces différentes « attaches » parce qu'elles entreraient en contradiction, gardons nous de confondre nos choix affectifs et nos choix politiques. Nous sommes évidemment fortement portés vers nos appartenances de proximité. Mais la politique est du domaine de la raison, pas de l'affect. Dès lors, comme l'a fort bien dit Montesquieu, il ne faut pas agir dans l'intérêt de sa famille lorsque cela pénalise son village, ni dans l'intérêt de son village lorsque cela porte atteinte à celui de son pays, ni dans l'intérêt de son pays si cela doit se faire au détriment de l'humanité tout entière. Par conséquent, si, de toutes ces appartenances, nous ne devions en retenir qu'une seule, ce serait évidemment la dernière, celle qui scelle notre lien à nos semblables en humanité.

Laissons donc les racistes s'ébattre dans leur fange, les ministres se ridiculiser en affirmant que telle manière de porter la casquette ou de s'exprimer en verlan porte atteinte à l'identité nationale et les nostalgiques de tout poil s'apitoyer sur la grandeur de la nation perdue. Ce qui importe aujourd'hui, plus que jamais, c'est d'avoir conscience de la fragilité de notre planète et de prendre en mains notre destin commun pour y préserver les chances de la vie menacées par nos inconséquences et contenir les risques d'affrontement que porte en germe le fossé qui se creuse entre l'extrême richesse et l'extrême misère.